Addiction Suisse – Chroniques

Lausanne sous un déluge de fausses bonnes idées

Chronique de Grégoire Vittoz et Frank Zobel

Cela fait quelque temps que Lausanne vit une crise au sujet du deal de rue. Le coup de gueule de Fernand Melgar reflétait une situation mal vécue par certains habitants et qui demandait une action publique. La Municipalité y a répondu en renforçant la présence policière, les dealers sont partis exercer plus loin, permettant aux habitants des quartiers concernés de souffler un peu.
Mais, dans la foulée, on observe un déluge de fausses bonnes idées et d’analyses suspectes. En voici quelques morceaux choisis et commentés.

Un membre du Parti socialiste lausannois se propose d’inviter d’anciens toxicomanes dans les écoles pour sensibiliser les élèves. Cette idée a été abandonnée il y a trente ans parce qu’elle n’avait aucune efficacité et qu’il est préférable de ne pas faire peur aux enfants mais de les renforcer. Aurait-on oublié de demander conseil aux personnes qui s’occupent de prévention dans ce canton?

Le Parti libéral-radical, lui, veut s’assurer que les institutions sociales à bas seuil ne puissent venir en aide à des dealers. Comment les personnes qui travaillent dans ces institutions vont-elles faire le tri et sur la base de quels critères? Ce n’est pas leur rôle. Et puis, qu’est-ce que cela va apporter? Le départ des dealers? Vraiment? Ou alors davantage de personnes qui dorment dans la rue, encore plus de petits larcins et de personnes traitées injustement en raison de la couleur de leur peau?

Une entreprise de sécurité «antidealers» a été engagée par des commerçants lausannois. Notre petite ville semble désormais être devenue l’équivalente des mégalopoles d’Amérique latine avec leurs milices privées. L’entreprise qui a été engagée ne peut en fait à peu près rien faire, sauf agir sur un sentiment d’insécurité, beaucoup plus émotionnel que rationnel, qu’elle contribue surtout à renforcer.

Le slogan «J’aime ma ville, pas le deal» ne fait pas mieux. Il n’y a derrière aucune action qui viserait par exemple à sensibiliser les milliers de Vaudois qui achètent leur drogue dans la rue.

La liste s’allonge chaque jour. Elle inclut aussi des collègues qui citent des chiffres inexistants, des décideurs qui promettent l’impossible, un député qui déclare que la « légalisation au Portugal » est un échec alors que ce pays n’a jamais rien légalisé ou encore le journal «24 heures» qui utilise le terme extrêmement dépréciatif de «shootoir» pour le nouvel espace de consommation sécurisé pour les usagers de drogue dépendants.

Nous sommes actuellement à des années-lumière de l’esprit de la fameuse politique drogue des quatre piliers (ndlr: prévention, thérapie, réduction des risques, répression), où l’on se concerte et où l’on apprend ensemble et de manière pragmatique à gérer cette question dont on sait qu’elle ne va pas disparaître.

En ce moment, on ne peut qu’attendre la fin du déluge et espérer qu’il n’aura pas fait trop de dégâts.

Grégoire Vittoz, directeur, Frank Zobel, directeur adjoint d'Addiction Suisse

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